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Mathieu Dauvin
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PostPosted: Wed 1 Apr - 22:14    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

Mathieu fronça des sourcils. Il ne savait pas quoi dire. Si Keith n’avait pas encore compris qu’il ne comptait pas le foutre dehors alors il ne comprendrait probablement jamais. Le jeune vampire croisa les jambes et son regard sombre se posa dans celui de l’autre homme. Il attendit patiemment, cherchant ses mots avant de parler et finalement il secoua de la tête, ne sachant comment exprimer ce qu’il pensait. Être un vampire ne faisait pas de lui quelqu’un de moins humain, il ne se sentait pas différent, ou mort à l’intérieur, c’est juste que l’espoir était disparu et avait fait place à quelque chose de plus triste encore que la tristesse.

- « Keith… »

Il avait commencé une phrase qu’il ne savait pas encore comment finir. Il aurait eu besoin de temps pour y penser, mais il n’avait pas reculé lorsque l’humain avait pris sa main dans la sienne, il était si chaud, si… c’était très différent.

- « Je ne vais pas te ‘bouffer’… » Il ne savait même pas comment dire qu’il était incapable de mordre les gens. Mathieu n’était pas seulement faible physiquement, ses dents étaient toutes petites et ça aurait fait mal aux gens, mais de toute façon il n’avait pas la force de caractère de le faire et Wil devait encore chasser pour lui. « C’est pas mon genre, mais tu peux choisir de ne pas le croire si tu veux… »

Mathieu prit une autre gorgée de son SevenUp pour se rendre compte que sa canette était finit et qu’il devrait en prendre une autre. Il soupira doucement et secoua la tête, encore, incertain. Il ne savait pas quoi dire. Il y avait trop de choses à dire et pourtant pas assez.

- « Je ne suis pas chez moi non plus, tu sais… on est loin de Paris, encore plus lui de Berlin et encore plus de Tokyo alors… je ne me sens vraiment dépaysé, en plus je peux à peine sortir… je te laisse imaginer de quoi ça a l’air ma vie… c’est vraiment merdique, mais j’essaie de me racheter pour ma première vie. »

Il ne savait pas trop comment expliquer à quel point il avait raté sa vie mais il n’y avait pas grand-chose à dire. Son groupe avait eu un grand succès mais son mal de vivre ne l’Avait vraiment jamais quitté et il ne pouvait l’expliquer. Mais les derniers moments de sa vie vivante, il s’en souviendrait toujours, il refusait d’oublier toutes les choses mauvaises qu’on lui avait faites à ce moment-là.

- « J’ai déjà fait les A.A. à l’âge de 21 ans… c’était vraiment pas rose, mais bon… c’est pas très important rendu là… je ne t’en veux pas de vouloir savoir ce qui se passe mais je dois dire que… enfin, c’est assez étrange de parler de tout ça. C’est le genre de choses dont on ne parle jamais. »

Mathieu ne parlait pas de son passé, il ne parlait pas de sa famille ou de sa vie avant, il y avait tant de choses qu’il gardait pour lui et qui pourtant pesaient lourd sur son esprit. Parfois, il ne savait pas comment se comporter auprès des autres humains, auprès de toute personne en fait, mais peu importe.

- « Ne t’en fait pas, Keith, je ne te veux aucun mal, c’est juste que ça me fait du bien aussi, un peu de compagnie… à part celle de mon frère bien entendu… » Il soupira. Oh, il adorait Wil, mais il était parfois très immature et il ne comprenait pas la moitié de ses problèmes alors il préférait éviter certains sujets. « Je n’ai vraiment pas eu de chance, c’est vrai, mais ça a causé du tort à beaucoup de personne, la moindre des choses est d’essayer de continuer à vivre, pour tout ce que j’ai causé, tu comprends? »
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Keith
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PostPosted: Wed 1 Apr - 23:59    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

Mat avait laissé planer un silence, le fixant de ses yeux noirs. Pas pour mettre l’écossais mal à l’aise à priori, mais plutôt parce qu’il avait du mal à formuler ses phrases.

*J’aurais dû me la fermer moi, pour une fois…*

Peut-être que oui, peut-être que non…
Il se passa de nouveau une main sur le visage, écoutant vaguement le musicien lui dire qu’il ne comptait pas le « bouffer » ou lui faire du mal.

*Ça je l’avais compris…*

Il soupira. Mathieu semblait en avoir lourd sur la conscience. Sa vie avait-elle été si pitoyable que ça ? Il essayait de se racheter ? Tous ces concepts dépassaient un peu le camé. Enfin pas celui de la vie pourrie, mais plutôt la volonté de racheter ses fautes. Un truc chiant qui ne servait à rien selon lui. Mais peut-être le vampire était-il croyant ? Qui sait ? Une chose était à présent sure cependant : il n’avait pas l’intention de le chasser de chez lui.

Lorsqu’il eut fini de parler, Keith revint vers lui, visage impassible. Il resta planté face à lui de l’autre côté de la table quelques instants, sans rien dire. Il l’observait, comme s’il cherchait à comprendre quelque chose. Puis il se rassit sur sa chaise, l’air de rien, l’habituel petit sourire de nouveau planté sur sa figure.


« Tout le monde a ses cadavres tu sais. C’est pas une tare…enfin, de mon point de vue. Il vaut mieux, sinon je pense que je me supporterais encore moins. »

Il ne put s’empêcher de rire doucement. Les yeux brillants, il continuait de fixer le musicien.

« On fait tous des conneries, moi le premier. La petite différence entre nous est, je pense, le fait que je ne crois ni en la chance ni en la malchance. Qu’il m’arrive un truc bien ou que je me retrouve dans la merde, je pense que ça viens avant tout des choix que je fais. Mais peut-être que je me voile la face. »

Mais c’était ce en quoi il croyait. Ce qui lui permettait de tenir. Pour lui il n’y avait ni destin ni chance. Seulement une route remplie de bifurcations. Et on avait toujours le choix sur la direction à prendre, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Excellente théorie pour se persuader que l’on a un contrôle total sur son existence.
Il releva la tête.

« Je comprends pas vraiment ta nécessité de continuer à vivre sous prétexte que tu as fait des conneries par le passé. Attention, je suis pas en train de te dire d’aller te suicider, hein. Je dis juste que je comprends pas d’où tu sors une telle obligation. Mais bon, je suis pas une référence de moralité alors ça doit être pour ça que ça me dépasse… »

Il lui fit un clin d’œil. Était-il besoin d’expliquer à Mat qu’à l’âge où il était chez les Alcooliques Anonymes à essayer de s’en sortir, lui-même était en train de vendre son cul pour sa dose quotidienne sur les trottoirs de Londres… ? Non, certainement pas. Pas plus que de lui dire que si lui-même ne s’était pas encore tiré une balle, c’était simplement parce qu’on le lui avait interdit. Non. Il ne comprendrait pas.


« Après si ton passé te pèse autant je peux comprendre que tu ne l’évoques jamais. Et je veux pas jouer les flics. Quand on finit par connaître par cœur les gens avec lesquels on vit, c’est…terrifiant de se retrouver dans un autre contexte. Et quand tu te rends compte que même ceux en qui tu as confiance te trahissent, ben ça aide pas… »

Non, il ne l’avait toujours pas avalée cette foutue pilule. Elle continuait de lui déchirer la gorge, et pour de bon.

« M’enfin c’est un peu pareil pour toi d’après ce que tu m’as dit. C’était pas très fair-play de te pousser sur ce sujet, j’avoue. On va dire que je me suis un peu emporté. »

Comment lui expliquer ça au mieux ? L’écossais se mit à détailler les murs pendant qu’il cherchait ses mots.

« Tu es la seule personne avec qui j’ai vraiment accroché depuis que je suis arrivé à Galway. Pas que je rencontre pas du monde. Mais être superficiel, plaire juste ce qu’il faut, ça je sais faire. Être réellement moi-même…certaines circonstances font que je ne me le permets pas vraiment. Sauf que je me suis dit que toi peut-être…peut-être que tu étais digne de confiance, et aussi assez cinglé pour encaisser. Mais comme je te l’ai dit c’est parti d’une intuition, et parfois ça me joue des tours. »


Son regard revint sur le vampire. Il était un peu brouillé, reflet de la confusion qui régnait en maître dans l’esprit du camé.


« J’ai toujours été un peu parano sur les bord. C’est pas une raison pour être agressif, je sais. Et j’ai pas à fouiller la merde dans ton passé comme ça, je le sais aussi. Et je te promets de plus réagir comme ça. Enfin si tu veux m’en parler y’a pas de problème, mais je veux pas te coller d’ultimatum… »

Un sourire un peu pitoyable se forma sur ses lèvres. C’est là que son surnom de « Puppy » prenait tout son sens. Une gueule de bébé chien. Mais plutôt de celui qui aurait fait une bêtise et reviendrait tête basse vers son maître.
Il ne pu retenir un soupir. Cette conversation l’épuisait en un sens. Parler sérieusement le fatiguait. Il n’était pas doué pour ça, et il ne se le permettait qu’avec peu de gens.


« Moi aussi ça me fait du bien d’avoir un peu de compagnie, mine de rien. Enfin c’est surtout ta compagnie qui me fait du bien. Je sais pas exactement pourquoi. Peut-être parce que je sens quelque part que toi aussi t’es en décalage total avec ce monde de fous. Peut-être parce que toi tu as une chance de comprendre ne serait-ce qu’un peu ma situation. »

Un rire cynique s’échappa de sa gorge. Il se redressa brusquement sur sa chaise et se colla une baffe magistrale, puis secoua violemment la tête.

« Je me ramolli moi, c’est pas bon. Allez ! »

Il repartit en direction du buffet pour se resservir un verre et se tourna légèrement vers Mat.

« Tu veux autre chose ? »

Non il n’était pas chez lui, et oui il faisait comme s’il l’était. Mais ce n’était qu’un détail, n’est-ce pas ?
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Mathieu Dauvin
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PostPosted: Thu 2 Apr - 21:54    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

- « Tu penses que je pousse le blâme de mes conneries sur la malchance? Je crois que tu n’as pas très bien saisit comment je suis. C’est pas vraiment important. Eh bien, je veux me donner une raison, pour ainsi dire. Mais tu n’as pas vraiment à comprendre ça, c’est entre ma famille et moi. »

Mathieu eut un petit sourire. Son obligation de vivre, il la tenait que la famille de Wil était morte par sa faute, et qu’il était ce qu’il lui restait alors de courir vers la mort n’empirerait que ce fait. Il voulait rester avec lui pour se racheter, mais aussi parce que Wil était la seule personne qui ne l’avait jamais jugé, qui était resté à ses côtés peu importe ce qu’il faisait ou qu’il ne faisait pas. Ils étaient certes dépendants un de l’autre, mais si Mathieu tentait de courir vers sa mort, ça briserait probablement la vie de son frère.

Il soupira et regarda l’homme qui bougeait dans sa salle à manger comme s’il était chez lui. Keith avait cette aise qui était si peu commune dans son monde, il n’y avait personne qui aurait fait ça chez les aristocrates, mais il aurait pu voir ses amis musiciens agir exactement de cette façon, du temps où il avait encore son band. Ça lui paraissait si loin, maintenant.>


- « Tu peux me ramener une autre boisson gazeuse si tu veux.. peut-être un Crush aux raisins ou quelque chose du genre… » Une chance que Mathieu ne faisait que perdre du poids car avec tout ce sucre… quoi qu’il n’avalait pas grand chose d’autre. « Tu as raison, c’est terrifiant quand les gens vous trahissent, surtout les gens que tu aimes. c’est une des choses les plus terribles à ressentir, en tout cas c’est ce que je pense. »

Mat avait connut des trahisons graves qui lui pesaient encore sur la conscience. Il s’était carrément fait tuer par ceux qui auraient du être ses amis. Les souvenirs étaient encore vagues mais il savait très bien ce qui s’était passé, et il s’en voulait de ne pas avoir fait plus attention. Quoi que entre cette mort ou une autre, la différence était mince, de toute façon sur le moment il n’avait plus de volonté, sa vie ne lui importait plus.

- « C’est vrai que tu n’as pas à fouiller dans mon passé mais ça ne me dérange pas vraiment d’en parler tant que tu ne pousses pas trop la chose. Tu sais, je ferais la même chose pour toi. »

Il ne savait pas quoi dire autrement que ça. C’était assez étrange comme conversation, mais quiconque venait vivre à Galway devait sûrement être confronté à celle-ci à un moment ou à un autre. Mathieu s’en était heureusement sauvé jusque là, mais il fallait dire qu’il était cruellement en manque de compagnie, et avec raison.

- « Ça me fait du bien de la compagnie… Je m’ennuie quand je suis debout et que Wil n’est pas là.»
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Keith
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PostPosted: Fri 3 Apr - 00:24    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

En réalité Keith ne pensait plus grand chose pour le moment. Seulement que cette conversation prenait une tournure étrange, et qu'il ne savait pas vraiment maîtriser ce genre de situation. D'où la pseudo-fuite avec pour objectif de remplir son verre.
Sans rien dire il remplit de nouveau ce dernier puis se dirigea vers le frigo d'où il sortit le premier truc ayant l'air d'une boisson gazeuse qui lui tomba sous la main. Puis, toujours sans un mot, il revint à sa place, déposant la canette sous le nez de Mathieu.


« Bien sûr, si tu veux poser des questions c'est ton droit. Mais je ne répondrai pas à tout, ou alors je serai obligé de te tuer ensuite... »

Il lui fit un clin d'oeil en rigolant. Bien sûr que non il n'était pas sérieux. Enfin pas vraiment. Bon il blaguait quoi. Sisi...

« M'étonne pas que tu te fasses chier. Depuis que je suis arrivé ici je tourne en rond. Y'a pas grand chose à faire, pas une foule incroyable...ça manque de peuple quoi. J'ai du mal à m'y faire. Pioncer toute la journée ça va un moment, mais bon. »

Enfin prendre des trucs et dormir.
L'écossais se renfonça dans sa chaise, le verre à la main.


« C'est en partie pour ça que j'ai racheté le Blue Shamrock. Pour m'occuper et voir du monde. »

Il n'avait jamais eu l'âme solitaire. Et puis boulet comme il était il n'aurait certainement pas fait long feu tout seul. Il avait d'ailleurs pris un très mauvais départ en arrivant à Londres... Heureusement il avait ensuite rectifié le tire. En quelque sorte.

« Mon ancienne vie me manque. Je sais pas ce qu'il en est pour toi, mais je maudis le jour où j'ai foutu un pied ici... »


Et c'était peu dire. On l'avait privé de sa vie du jour au lendemain. Une fausse mort qui était pour lui bien plus terrible qu'une vraie. Merde.
Il prit une gorgée de whisky. Longtemps qu'il n'avait pas touché à cet alcool. Trop de choses y étaient attachées, notamment l'empreinte de son géniteur.


« Je suis peut-être con, taré ou tête-brûlée, mais je vois pas l'intérêt de vivre pour s'emmerder. C'est sûrement parce que je crois en rien. Pour moi y'a pas de dieu, pas de paradis ou d'enfer après la mort. Et je compte pas fonder une jolie petite famille avec une gentille femme, deux gosses et un chien... Forcément au final la vie n'a pas grand sens pour moi... »


Vivre. C'était un privilège qu'on lui avait offert. Un cadeau empoisonné. Il comptait bien en profiter au maximum, mais lorsqu'il estimerait la partie finie, il y mettrait un terme... Enfin c'était ce qu'il avait cru jusqu'à maintenant. Jusqu'à ce que Paul lui ruine tous ses espoirs. Mais Keith n'avait-il pas choisi lui-même de devenir un chien dévoué corps et âme à son maître. Si. Peut-être avait-il fait un mauvais choix.
Et après quelques semaines passées à Galway, une idée commençait à lui trotter dans la tête. Et s'il décidait de briser la laisse ? Que se passerait-il ? Pour l'instant il hésitait. Pas par peur : en fait il avait toujours l'espoir que le Master vienne le chercher et le ramène à Londres. Mais cet espoir s'amenuisait de jour en jour.
Son regard se posa plus intensément sur le vampire.


« Comment tu fais ? Pour tenir je veux dire. La présence de ton frère dois t'aider j'imagine... »

Des « frères » il en avait. Ou plutôt il en avait eu. Ils le croyaient mort à présent, et il n'existait plus pour eux. Ce lien lui manquait.
Tout à coup quelque chose le fit tiquer. Il se rapprocha un peu de Mat.


« Dis...c'est peut-être une question stupide, mais j'imagine que ton frangin sais plus ou moins que tu es un vampire, non ? Il réagit comment par rapport à ça ? »


De quoi il se mêlait là ? Chassez le naturel et il revient au galop.
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Mathieu Dauvin
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PostPosted: Fri 3 Apr - 18:42    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

La question surpris Mathieu, pas vraiment dans son sens, parce qu’elle était tout à fait justifiable, mais visiblement Keith n’avait aucune idée de l’âge de son frère et cela fit rire doucement Mathieu. Quand on y pensait, c’était bien vrai que Wil aurait pu ne pas être au courant mais comment est-ce que quelqu’un d’aussi jeune que Wilhelm qui ne paraissait pas avoir plus de vingt ans, aurait pu avoir une si grande fortune? Son rire était doux, pas bien méchant, et il ne pouvait s’empêcher de secouer la tête en essayant de penser à la meilleure réponse. Pouvait-on s payer cette maison avec une simple confiserie? En fait… probablement, mais ça Mathieu ne le savait pas, il ne connaissait pas les revenus de son frère, il n’avait pas besoin de le savoir.

Lorsque son rire se fut calmé un peu et que son corps n’était plus secoué par ses toussotements, Mathieu releva la tête pour regarder son invité, sans vraiment savoir quoi lui dire. Il était rare qu’il se retrouve sans mot mais c’était une de ces rares occasions.


- « Keith… Wil c’est aussi un vampire…. bien sûr qu’il est au courant. Tu sais on n’est pas des frère dans le sens commun du terme, il est allemand et je suis à moitié français, à moitié japonais, aucun rapport là. » Son ton était vraiment doux, il ne se moquait pas de Keith, mais il trouvait la situation plutôt amusante. « Wil est bien plus vieux que moi tu sais… »

En fait il ne voyait aucunement le problème de parler ainsi de sa famille. Il n’avait pas peur de mourir et Wil savait très bien se défendre, plus que ce qu’on aurait pu croire de lui.

Mathieu soupira mais pas parce qu’il était découragé, juste parce qu’il ne savait pas quoi lui dire. Il finit par secouer de la tête et regarder autour.


- « Mon ancienne vie me manque et pourtant pas. Je ne pourrais pas te dire pourquoi, mais disons que ma nouvelle vie n’a pas commencé à Galway alors… pour moi cette ville c’est juste un endroit ou se cacher, du moins pour le moment… je ne pense pas qu’on va partir d’ici, en fait, alors je préfère m’y habituer mais bon… moi j’aime bien l’ambiance ici, j’imagine que c’est différent pour toi. »

Il ne fallait pas s’étonner qu’un musicien mélancolique se plaise dans cette ville trop sombre pour son propre bien. Il y était bien et ça lui inspirait pleins de chansons qu’il ne chanterait jamais devant un publique, de toute façon, Mathieu Dauvin était mort presque dix années plus tôt, en France, aux yeux du monde, il n’existait plus, alors… pourquoi s’en faire?
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Keith
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PostPosted: Mon 6 Apr - 16:59    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

La question de Keith eut pour effet…de faire éclater Mat de rire. Bon, ok, il ne s’était pas attendu à ça, mais il sourit, écoutant sa réponse.
Ainsi Wilhem était lui aussi un vampire. Et bien plus âgé de surcroît. Pourquoi n’y avait-il pas pensé ? Mais dans un autre sens pourquoi y aurait-il pensé ? Ben oui, c’est pas le genre de question qu’on se pose tous les jours, et l’écossais était un pro des questions en live… Ou plutôt des questions foireuses, en live. Une fois sur deux il sortait une connerie. Là c’était fait.
Au moins ça avait eu le mérite de détendre un peu l’atmosphère, autant pour le musicien que pour lui-même.

Mathieu lui expliqua qu’il prévoyait de rester à Galway. Il était venu ici pour se cacher, après sa mort en tant qu’humain. Au final ils étaient tous deux dans des situations similaires, mais abordaient le problème sous un angle différent.
L’écossais se gratta la tête.


« L’ambiance ici, hein ? Bon, c’est vrai que c’est plutôt mort comme coin, et moi j’étais habitué à sortir. Forcément je le vis mal, mais il y a autre chose. »

Une chose essentielle, fondamentale pour lui.

« Mes frères à moi sont restés à Londres. Je pense que je vivrais pas aussi mal le fait d’être ici si j’étais avec eux. Un peu comme toi avec Wilh. Même si je suis ici pour me cacher, un peu comme toi dans un sens, j’ai toujours un espoir à la con. Celui de me tirer d’ici, et de retourner à ce que je connais… »


Ou de mettre fin à tout ça, même si depuis quelques temps il en avait moins envie qu’avant.


« Mais c’est pas vraiment possible. Enfin quand je réfléchis à la chose de façon raisonnable, c’est même parfaitement impossible. Et ça me bouffe, quelque part. »


Cette saloperie d’angoisse l’avait rongé dès son plus jeune âge. C’est contre elle qu’il se battait avec d’autres saloperies comme cette connasse d’héroïne. Mais son démon à lui avait grandit encore plus depuis qu’il était arrivé à Galway. Le dévorant de l’intérieur, se gavant de ses peurs, angoisses, doutes…
Bordel ce qu’il détestait cette sensation !

Pour la première fois depuis quelques semaines, le manque se fit sentir. Cette conversation touchait peut-être d’un peu trop près l’origine de son malaise. Il était seul. Et il valait bien moins qu’un clebs. Pourquoi continuer à s’acharner ?
Des sueurs froides vinrent le prendre en traître le long de l’échine.


*Salopes !*

Sa main droite fut prise de légers soubresauts.

*Tiens-toi tranquille, bordel !*

Il était en perte de contrôle. Et la panique en avait profité pour tenter un assaut alors qu’il avait baissé sa garde. Il venait de se faire avoir comme un bleu…quelle honte pour un vétéran comme lui…ne même pas avoir vu le coup venir…
D’un coup il se leva, raide. Ses yeux cherchaient…cherchaient quoi, bordel ?! Ah, oui ! Un évier…un évier…mais pas celui de la cuisine…

« Excuse-moi…deux minutes… »

Il fila, se retenant de courir, direction la salle de bain. Heureusement que Mat lui avait fait faire le tour de la baraque en arrivant. Et heureusement que Keith avait enregistré les infos qui lui avaient parues essentielles.
Une fois dans la pièce d’eau il ferma la porte derrière lui, un peu trop brusquement peut-être, et se jeta au-dessus de l’évier qui vit alors la couleur de tout ce que le camé avait pu ingurgiter. Grande majorité liquide, alcool pour 80% du contenu.
L’estomac à présent vide, il laissa l’eau couler, tenta d’en boire un peu pour passer le goût qu’il avait dans la bouche, rinçant le bac au passage. Il y avait des jours comme ça…
Les tremblements qui le parcouraient à présent tenaient plus du soulagement. Vous savez, celui que l’on ressent après avoir vomit ses tripes.
Il coupa l’eau après s’être une dernière fois aspergé le visage, et se laissa glisser par terre en soupirant.


« Fais chier…’tain… »

Il avait besoin de rester assis deux minutes. Juste deux petites minutes… De toute façon ses jambes ne le portaient pas pour le moment. Mais ça allait revenir… Juste deux petites minutes…
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Mathieu Dauvin
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PostPosted: Mon 6 Apr - 22:35    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

- « Je comprends. Si j’étais encore à Paris, sans amis et sans famille, je serais vraiment très triste et la vie serait encore plus difficile... en fait, sans Wilhelm, je ne suis pas sûr que je serais encore vivant. C’est lui qui me nourrit. »

Mathieu ressentait un certain malaise à parler de cela, Keith avait beau être un ami à qui il aimait parler, il n’aimait pas vraiment l’idée que les gens sachent à quel point il était faible. C’était la moindre des choses d’être honnête avec Keith, s’il avait des intentions négatives, ça mettrait peut-être fin à son calvaire, cependant il en doutait grandement, Keith avait vraiment l’air trop fin pour l’agresser, pour ainsi dire.

Ainsi, Mathieu se contenta de le regarder, pensif en haussant des épaules. C’était une drôle de situation, il ne savait pas trop quoi faire, mais finalement il se dit que c’était mieux d’être honnête sur toute la ligne. Il y avait bien des choses qu’il cachait et qu’il continuerait à cacher mais c’était des choses sans importance face à quelqu’un qui avait un tant soit peu de respect pour lui.

Keith avait l’air vert, pourtant quelques minutes plus tôt il semblait bien se sentir mais il était rendu tellement… en fait, Mathieu connaissait cet air, il l’avait fait tellement souvent. Il connaissait ça. Lui aussi avait eu des problèmes de drogue dans sa vie. Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, Keith était disparut sûrement pour se rendre à la toilette pour dégobiller ce qu’il avait avalé. En s‘apuyant sur sa cane, Mathieu s’était rendu jusqu’au cabinet pour fermer la bouteille et ranger le tout. Il n’avait pas peur que Wil se rende compte qu’il en manquait, mais il n’allait certainement pas aller l’interrompre. Il prit une gorgée de sa boisson avant de se rasseoir, les jambes croisées, dans une des grandes chaises très confortables.

Mathieu attendit patiemment en regardant la table, pensif et il sortit sa revue de musique pour recommencer à lire. Si Keith était comme lui, le déranger en ce moment était une des pires idées possible, alors il resta tranquillement dans la salle à manger à siroter sa boisson gazeuse en lisant patiemment.

Tout le monde dans cette foutue ville a des secrets.. je les comprends, je n’ai pas toujours le goût de parler des mes trucs aussi… de ma vie de merde, l’empoisonnement, le sida… toute cette merde… Il secoua la tête, plus perdu dans ses pensées qu’autres choses. Ça m’inquiète un peu, pour une fois que je me fais un ami dans cette ville de merde… je ne veux pas que ça se corse comme ça… anyway, je devrais respecter son intimité et ne pas le juger, c’est ça que ça fait des amis.
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Keith
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PostPosted: Mon 6 Apr - 23:58    Post subject: 114 Averard Way Reply with quote

Il avait fermé les yeux quelques minutes à peine. Quelques minutes ?! A bien y réfléchir il n'en était plus très sûr.

« Et merde... »

Ça se faisait pas. Non, même lui savait que ça se faisait pas. Et pourtant...

« Keith, t'es qu'un sale con. »

Et pourtant.
S'aidant du rebord de l'évier, il se releva en se hissant à moitié. Il osa à peine regarder sa gueule dans la glace. Finalement il n'eut pas la scène d'horreur à laquelle il s'attendait. Tout au plus la tronche d'un type fatigué, cerné, un petit peu pâle. Ça pouvait passer.
Il but encore un coup, directement au robinet, se repassa un peu d'eau sur le visage, et ressortit un peu plus serein.

L'écossais n'avait aucune idée du temps qu'il avait pu passer dans cette fichue salle de bain. Il espérait seulement que ça tenait plus de la dizaine de minutes que de la demi-heure. Ok, il était pathétique, mais il y avait des limites à l'étalage quand même. Merde.
Respirant un peu mieux il revint à la salle à manger et se rassit, presque l'air de rien. Enfin c'était plutôt difficile. Mat bouquinait une revue. Il était resté là, tranquille, lui laissant le temps de se remettre. Le musicien était loin d'être tombé de la dernière pluie. Et en cet instant Keith n'en eut que plus de respect pour lui.
Il ne put s'empêcher de sourire. Ce type était réglo, pas de doute.


« Qu'est-ce que tu lis ? »

Moyen comme un autre de dire « coucou, je suis de retour ».

« Désolé pour tout à l'heure... J'ai eu un petit passage à vide, mais c'est rien. »

Ce qui, fondamentalement, n'était pas faux. Il avait la peau dure l'air de rien. Et puis avait-il encore besoin de cacher son vrai visage ? Plus vraiment, du moins c'était ce qu'il sentait.
Il souriait, mais de façon plus posée, plus sage que tout à l'heure.


« De toute façon t'es loin d'être bête, je pense que tu l'as remarqué...tout comme moi j'avais remarqué que tu n'étais pas très « humain »... »


Rien de péjoratif dans cette remarque. Seulement le constat d'une situation qui, aussi improbable soit-elle, n'en était pas moins évidente.


« Dans le milieu où tu traînais tu as dû en voir des trucs moches... On va dire que j'ai évolué dans une partie juste un peu plus moche, par certains côtés... Je blâme personne, hein. Je me suis fourré dedans tout seul... »


Il sentait qu'il s'embrouillait et soupira. Se passa une main sur le visage. Visiblement il était fatigué. Il avait eu le tort de baisser sa garde, et il le payait. Mais en même temps ça lui faisait du bien. Il avait besoin de s'ouvrir à quelqu'un de temps à autre. S'il restait fermé il était sûr qu'il se dessécherai de l'intérieur... Étrange image, non ?
Et il lui semblait avoir trouvé la bonne personne. Intérieurement il en était persuadé.


« Au final je suis sûrement pas plus fort que toi, mais certainement bien plus pitoyable. Tu vois que t'as pas de quoi être gêné... »

Le rire qui franchit ses lèvres semblait brisé. Mais mieux valait rire de la situation. Oui, mieux valait en rire.
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